Un banc au soleil, au début du chemin de halage. Devant moi, l’Odet et son tapis de feuilles rousses, le vent a clairsemé les arbres, accélérant le processus automnal. Une bande régulière s’est formée au mitan du fleuve, délimitant les courants. J’ai cherché un moment ce que cette bande m’évoquait, ligne d’eau naturelle, telle la ligne de flotteurs colorés qui délimite les couloirs, à la piscine.

Derrière moi, l’étang aux couleurs – c’est son nom, entouré de roseaux bruissants. Yeux fermés, enveloppée de soleil, je me concentre sur les bruits perçus. Le froissement des roseaux, donc, la rumeur de la circulation, plus loin, sur le pont du Poulguinan qui enjambe l’Odet. Crissement des semelles des coureurs qui passent devant moi, chuintement des pneus des vélos, aussi. Un pépiement tout près de moi, dans le buisson de ronces. Quelques minutes, je suis en absence de moi.

Lorsque je rouvre les yeux, une épaisse sauce grise nappe rapidement le ciel bleu, telle un coulis de framboise sur un fromage blanc - couleurs non contractuelles. Dessous, une ribambelle de légers nuages gris sombre, rendent le spectacle magnifique : je jurerais que ces nuageots (comment nommer les petits des nuages ?) ressemblent à un banc de poissons sautant hors de l’eau !