Alors que je m’achemine vers le chemin de halage en longeant les rives de l’Odet, mon attention est attirée par la rumeur d’un chantier, sur la berge d’en face. Une pelleteuse ouvre sa gueule aux crocs acérés, se penche pour prendre une  copieuse bouchée de terre, puis la recrache. Profil de rapace. Ou plutôt non, de dinosaure. Un gros dinosaure jaune.

Reprenant mon cheminement –j’ai rendez-vous avec un carré d’herbe, à deux kilomètres de là, je me suis dit que les oiseaux, ce sont les grues de chantier. De grands échassiers qui ne s’envolent jamais. Je me souviens de celles illuminées dans la nuit lyonnaise. Mon attention est ensuite attirée ailleurs.

Le carré d’herbe, à l’abri de la digue, au bord d’un étang envahi de roseaux, c’est pour m’y assoir et bouquiner. Un roman de Philippe Besson, que je viens de commencer. Dans l’un des premiers chapitres, je lis : « Dans le décor, les grues du port, gigantesques, menaçantes, dinosaures de ferraille, ou bien flamants au cou interminable, c’est ça, des oiseaux qui grincent, sans s’envoler ».

Etonnement !