La marée est haute, l’eau sombre, semble lourde, épaisse – contre toute logique. A sa surface, semis de feuilles mortes. De loin en loin, scintillements de pierres précieuses, la rivière se part de mille feux. Sur le chemin du retour, les mouettes m’encerclent en piaillant, me rappelant Strasbourg et la Petite France. Sur le chemin du retour, je salue le Rachel et le Sam Suffit, les deux petites embarcations familièrement amarrées devant la cale des faïenceries.

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Ce matin, malgré le grand ciel bleu, les rives de l’Odet étaient dans l’ombre. Quais écrasés par le gris de la nuit. Le soleil n’avait pas franchi le mont Fruggy. Alors que j’arrivais au niveau du bassin où se fait la jonction du Steir et de l’Odet, les premiers rayons sont apparus, comme une coulée lumineuse colorant les feuillages, éclairant les quais, et réchauffant l’air. Les promenades lumineuses du matin sont comptées. Les jours raccourcissent vite.

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Par contraste, dans la pénombre, le cours de l’Odet reflétant le ciel semblait de mercure, une coulée de métal blanc.

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A contre-jour, similitude entre la chevelure dorée d’une jeune femme et les marronniers rouquins. Même boucles vaporeuses.

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Tapis de bogues éclatées, bruit de froissement du feuillage lors de leur chute suivi du rebond sonore des marrons sur les carrosseries, multitude de gongs. Comment décrire ce bruit ? Tôle froissée ? Non, un son plus léger. Quel terme rendrait exactement ce claquement ? Une onomatopée ? Bzouing… De même que « pétrichor » nomme l’odeur particulière que prend la terre après la pluie, existe-t-il un mot scientifique pour qualifier le trampoline automnal des marrons ?